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ESPRIT-RACING.COM | 29.10.18 | 14:44 ESPRIT-RACING.COM | 29.10.18 | 14:44


Notre passion est dangereuse et certains en ont fait les frais sur la route en restant, malheureusement, handicapés. #HFR #PAULUS #DESHAYES #SAGLIO #GUIGNEBERT #MRH45 #PMRCup #PROTEOR


C'est ce qui est arrivé à Stéphane PAULUS en 2003. A l'époque il est stunteur ; il fait des acrobaties à moto mais il pratique aussi la moto sur route et c'est un accident de la circulation qui le laisse paraplégique.

Stéphane a refait de la moto sept ans après son accident mais, en 2010, il est le seul Handi Pilote Français et c'est compliqué avec la FFM. Pour des raisons de sécurité, il ne peut faire de la moto que sur circuit et non en compétition parmi les valides.

En 2015, il se rapproche d'une association fondée en Italie, DI DI DIVERSAMENTE DISABILI, qui orchestre des courses internationales de moto réservées aux pilotes en situation de handicap et il est invité à VALLELUNGA (Italie) pour participer à une course ; c'est cette année-là qu'il crée son association HANDI FREE RIDERS pour permettre aux motards qui se retrouvent en situation de handicap de reprendre la moto sur circuit en toute sécurité.

A PORTIMAO (Portugal), lors d'une course d'endurance, l'équipage termine 3ème sur 44 pilotes valides ; la machine médiatique est lancée ! Les portes s'ouvrent ! Il se retrouve soutenu par la FFM et, en 2016, il organise la première épreuve handisport en France, la PMR Cup.

En 2018, pour la manche française du Mondial Superbike, il participe à l'INTERNATIONAL BRIGESTONE HANDI RACE qui, après une manche au GP de France en mai et une au MUGELLO en août, fait étape sur le circuit de MAGNY-COURS suite à la collaboration entre la FIM, HANDI FREE RIDERS et DIVERSAMENTE DISABILI avec le soutien de la FFM. Plus de vingt pilotes en situation de handicap et de neuf nationalités différentes vont en découdre sur la piste.

Dans le paddock, je suis allée à la rencontre de trois pilotes (un paraplégique et deux amputés), moins médiatisés que Stéphane qui était très pris par ses occupations mais qui m'ont raconté leur parcours depuis leur accident et leur passion qui ne s'est jamais éteinte ! Quelle leçon de vie !


Benoît DESHAYES (Yam R6 n° 91)
Je suis paraplégique. J'ai eu mon accident au mois d'août 2013 ; ça fait 5 ans passés ; je suis tombé tout seul sur la route, j'ai glissé dans un virage ; la compétition moto c'est arrivé comme ça ; j'étais motard et quand j'ai vu qu'en tant que paraplégique on pouvait en faire, je me suis dit pourquoi pas. J'ai commencé sur des roulages libres avec des valides et après, vu que la compétition était accessible, je me suis inscrit et je me suis lancé en 2016 ;
 
Comment est adaptée ta moto ?
Comme je n'ai pas l'usage de mes jambes, mes pieds sont clipsés dans des pédales de cycliste ce qui maintient mes jambes en place sur la moto ; mes jambes sont sanglées au niveau des genoux juste pour serrer le réservoir mais la sangle à aucun moment n'est liée à la moto en cas de chute ; pour les rapports qui sont au pied gauche normalement, sur le sélecteur il y a un vérin électrique qui est monté avec deux boutons au guidon, un qui monte les rapports et un qui les descend ; le frein arrière étant au pied droit il est rapporté aussi au guidon pour freiner au pouce ; après c'est la seule adaptation que j'ai sur la moto.

La chute ne te fait pas peur ?
Je suis déjà tombé plusieurs fois ; j'ai fait la première course de l'année 2016 où je me suis éclaté la clavicule et j'ai été hospitalisé ; en 2017, je suis tombé mais j'ai juste fait des glissades.

Comment tu fais en cas de chute ?
En tant que paraplégique, en principe on reste là où on est tombé et on attend la fin des tours parce que c'est trop compliqué ; les commissaires de course ne savent pas exactement ce qu'on a, ils pourraient nous faire repartir mais c'est difficile ; si on se fracasse un membre inférieur on ne va peut-être pas le sentir et on va peut-être repartir avec un fémur ou un tibia cassé ; moi, en cas de chute je ne demande même pas à repartir, je reste sur le côté ; après je fais des contrôles mais j'attends.

La procédure de départ est différente ?
Chaque accompagnant prend les affaires du pilote, de la moto et tout le monde va sur la ligne de départ ; ils me positionnent sur la moto et me clipsent les pieds sur la moto ; une fois que je suis en position, un des accompagnants tient la moto par la boucle arrière, retire la béquille de stand, j'enclenche la première et je m'élance ; je tiens mes tours comme ça et une fois mes tours finis je rentre dans la voie des stands et mon binôme m'attend bras ouverts pour me réceptionner.


Benjamin SAGLIO
J'ai 32 ans ; je ne cours pas en catégorie handisport ; je fais d'autres catégories à côté mais avec les valides (du supermotard et de l'endurance principalement avec Arnaud) ; j'ai eu un accident de moto quand j'avais 20 ans ; j'ai gardé une jambe très abimée pendant quatre ans ; j'ai rencontré Arnaud GUIGNEBERT qui m'a vu avec ma mauvaise jambe et m'a dit qu'avec une prothèse je vivrais quand même beaucoup mieux ; du coup, principalement par envie de refaire de la moto, je me suis fait couper la jambe ; j'ai pu reprendre 3-4 mois après ; j'ai commencé sur des parkings ; j'ai revalidé un permis ; pour le permis de conduire ça ne m'intéressait plus trop de rouler sur la route j'avais un petit peu peur de tous les dangers qu'il y a en circulation.

Se mettre à la compétition sur circuit a été quasiment une évidence ; puis Arnaud était chaud pour s'y mettre aussi ; on a démarré cette aventure là il y a 6 ans ; ça fait 6 ans qu'on se maintient à faire toujours au moins ensemble les 23 H 60 au MANS avec une cinquième place cette année ce qui montre qu'on arrive à mettre des handicapés sur une marche relativement haute dans la compétition ; c'est vraiment une grande récompense et on continue toujours avec plein de projets toujours différents ; cette année j'espère pouvoir faire du supermotard en championnat avec les valides donc pouvoir faire les parties en terre et autres ce qui implique du développement de matériel avec des prothésistes ; ça ouvre plein de nouvelles portes.

C'est pas trop compliqué d'avoir une licence en tant que handicapé ?
La licence, à l'époque où nous on a commencé, il y a six ans, c'était très compliqué parce qu'on était vraiment dans les premiers avec Stéphane PAULUS, c'est là qu'on s'est rencontrés d'ailleurs ! Stéphane a eu vraiment d'énormes difficultés pour avoir la licence.

Nous, en tant qu'amputés, ça a été un petit peu plus simple dans la mesure où, à partir du moment où on est appareillés sur la moto, on a « presque » les capacités de valides, c'est-à-dire qu'en cas de chute, on a la possibilité de se relever, relever la machine, donc nous ça a été un peu moins long dans les débats que pour des paraplégiques par exemple où là, c'est vrai, ça a été plus complexe pour avoir des licences et surtout, aujourd'hui, ça nous permet en plus de ne pas avoir de restrictions sur la licence ; on n'est pas obligés de faire que de la coupe handisport, on peut aller vers des catégories valides ce qui était assez cher à mon cœur de pouvoir rouler dans des catégories ouvertes.


Arnaud GUIGNEBERT ( Yam R6 n° 45)

Pour cette course handisport, je roule sur une Yam R6 (n° 45) ; habituellement je roule en Promosport 500 sur une Honda 500 CB.
J'ai 52 ans, je suis accidenté de la route depuis mes 21 ans donc 31 ans de handicap et suis amputé de la jambe gauche suite à un accident de moto sur la route ; voilà pour ce qui est du passé !

L'envie de faire de la moto est toujours restée entière ! La première chose que je voulais faire en sortant de l'hôpital c'était remonter sur une moto ; ça s'est fait après quelques mois, à peu près un an ; avant j'ai cassé plein de voitures ce qui a décidé ma mère à me laisser remonter sur une moto.

Le handicap a été accepté parce qu'on n'a pas le choix, c'est comme ça, et puis autant continuer de faire ce qui nous plaît, ce qui nous anime et ce qui nous fait envie donc la moto ; j'ai fait beaucoup de moto de route pendant 25 ans avant d'avoir l'envie de refaire de la piste grâce à une rencontre et cette rencontre s'appelle Benjamin SAGLIO !

C'est en croisant un gamin qui avait eu un accident de la route depuis quelques temps ! il n'était pas amputé, il avait ses deux jambes, mais avait de gros problèmes sur sa jambe gauche ; je lui ai conseillé de se faire amputer ; il a bien réfléchi et il s'est fait amputer. Ca a créé certains liens ; il a eu l'envie de faire de la compétition ; ma première réaction a été de dire on achète un side-car de vitesse et on fait de la vitesse tous les deux ; il m'a dit « le side-car c'est pour les tapettes et c'est pour les vieux , on va faire de la moto solo ! » et on est partis sur des courses d'endurance de 24 Heures en 125 ; ça faisait 25 ans que je n'avais pas roulé sur piste ; ça a été un petit peu compliqué au début ; pas des grosses performances mais on a fini classés à notre première course . On a fini derniers mais classés ! c'était il y a six ans ! ce championnat on le fait toujours c'est les 23 H 60 au MANS ; cette année on finit 5ème au classement général sur 48 motos. La progression a été grande sur un équipage mixte ; on tient à cette mixité puisque tous les deux on a la possibilité de rouler avec les valides ; notre équipage en endurance est composé de trois pilotes handicapés et deux pilotes valides ; la moto est appareillée et conduisible aussi par les valides ; on tient à une mixité dans l'équipage comme à la mixité sur la piste.

Benjamin et moi avons créé le team MRH45 (MOTO RACING HANDICAP 45) ; il est basé dans le Loiret (45), c'est aussi mon n° de course ; le team est propriétaire de motos 125 CBR -250 Yam WRX – Yam 600 YZFR ; ces motos sont équipées d'un système de passage de vitesses pour notre handicap et également pilotables par les pilotes valides ; encore une fois on veut toujours cette mixité sur nos motos pour qu'elles puissent être aussi bien pilotées par un handi que par un valide.

Notre handicap principal c'est l'amputation de la jambe gauche ; nos motos sont équipées pour que nous maîtrisions bien et le handicap et nos machines ; on a un partenaire commun pour le team qui s'appelle PROTEOR ; c'est le plus grand fabricant de prothèses français ; il nous aide à développer des prothèses pour faire de la compétition et il nous aide financièrement dans nos courses mais qui sont vraiment à notre écoute parce qu'on est de gros casseurs de prothèses, on les use beaucoup, parce qu'on leur fait faire des choses qui ne sont pas dans le catalogue ; un peu le but aussi c'est de faire évoluer tout ce matériel : des prothèses de marche, des prothèses pour faire de la moto, des prothèses sportives puisque maintenant ; on fait du surf, du ski l'hiver, du ski nautique, du VTT de descente ; moi je me suis mis à l'escalade avec une prothèse ; aujourd'hui ça évolue vraiment vraiment très vite et on peut, malgré un handicap, pratiquement faire tous les sports et toutes les activités ; suffit d'avoir un peu de volonté et de s'adapter, bien sûr, à son handicap et se dire que le handicap sera toujours un handicap mais de repousser les barrières et de toujours toujours se faire plaisir !

Je ne regrette pas d'avoir fait votre connaissance car vous m'avez bluffée !

Quand on vous voit en piste, si on ne le sait pas, on est loin d'imaginer que vous êtes handicapés !

Je vous dis BRAVO ! RESPECT ! et à l'année prochaine !


Renée Durin





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