| Hervé Gantner #50 Et Le Team Azione Corse à Monza |
| Hervé Gantner #50 et le Team Azione Corse en Championnat Italien |
![]() Hervé Gantner #50 et le Team Azione Corse en Championnat Italien Photo : D.R. La saison est partie, vraiment partie ! Les 10 jours entre Mugello et Monza ont été assez longs. C’est toujours dur mentalement quand on a un week-end pendant lequel on a l’impression de se noyer alors qu’on pense savoir nager.
Jeudi soir, je suis arrivé à Monza plutôt relaxé, même si je pensais que le week-end allait être très dur pour nous, surtout pour notre moteur qui manque de puissance. Vendredi matin, la pluie et le froid se lèvent avant nous. Je dois dire que cela ne m’a pas dérangé, car je n’avais jamais pu tester les nouvelles suspensions, ni mes adversaires, ni cette piste sur le mouillé. En fait, je voulais voir comment ça faisait de rouler a plus de 280 km/h sous la pluie, et c’est du genre marrant, bien qu’un peu intimidant à certains endroits.. La session n’a pas été très complète, puisque je suis parti et revenu au box 3 fois de suite parce que mon moteur de chauffait pas. Je n’ai pu faire que 3 tours lancés, et juste en prenant mes marques, je finissais déjà la séance à la 16ème place. Donc, bon signe ! L’après-midi, la pluie était toujours là, cool ! Je voulais vraiment partir sur le mouillé pour leur montrer ce que je savais faire ce jour-là. Et après 30 minutes, je reviens au box, 3ème, et sans avoir forcé. Un beau pilotage propre comme j’aime, laissant 40 pilotes derrière moi, dont certains gros calibres. Samedi matin, c’était entre les deux, la piste était mouillée mais devait sécher peu à peu. C’est ici qu’a commencé mon histoire du week-end avec la chicane « Ascari ». Après quelques tours, je me trouve dans les premiers, arrivant à la chicane, je fonds sur un pilote plus lent, ne voulant pas casser mon tour rapide, je choisis de passer. Il y avait la place entre la ligne et le pilote, enfin c’est ce que je croyais. La place n’y étant pas vraiment, j’ai légèrement pris appuis contre lui, mais nos guidons se sont un peu emmêlés, le choc a été plus gros que prévu mais rien de méchant. Tout le monde est resté sur 2 roues, mais mon tour chrono était cassé ! Après cela, mon pneu pluie arrière a rendu l’âme, et quand l’arrière de la moto balançait de droite à gauche à 270 km/h dans la ligne droite, je me suis dit que j’allais m’arrêter et le mettre à la retraite. Trop tard, il était mort, mauvais patron ! Je suis reparti du box avec un pneu avant pluie, et un pneu arrière pour piste sèche. C’est toujours très spécial de rouler dans ces conditions, car certaines parties de la piste étaient sèches, d’autres humides, et d’autres vraiment mouillées. Mais quand la moto donne une telle sensation de confiance, c’est plutôt marrant, tant qu’on se fait pas mal… Plus que 3 minutes avant la fin, je fais un premier tour pour voir comment le pneu arrière se comporte, puis un tour rapide histoire de finir dans le haut du tableau. Au milieu du tour, je vois que j’ai déjà 2 secondes d’avance sur mon meilleur temps. Sur l’écran de contrôle, ce temps me mettrait à la 5ème place. Mais encore une fois, j’arrive dans l’Ascari avec un pilote lent devant moi. Cette fois, vraiment pas de place pour passer, j’attends, je passe, je finis mon tour, mais il m’a fait perdre un temps précieux… Je finis 13ème de la séance, partagé entre la joie d’être dans les plus rapides, et la déception de ne pas avoir fini ce tour. Dernière séance qualificative : La piste est sèche. C’est bien ma chance… Mais toujours branché sur positif, je pars en piste assez content, car mon team m’a acheté un pneu « qualif » pour la fin de séance. Le pneu qualif, c’est un truc assez cool. C’est un pneu arrière qui permet d’aller une seconde plus vite afin de mieux se positionner sur la grille. Le seul souci, c’est que la durée de vie de ce pneu est d’un tour seulement, mieux vaut donc ne pas le rater… Départ pour la séance de 30 minutes. La moto est bien, pas top, mais bien. Je m’arrête pour un réglage, et là, le temps est compté. Il reste juste assez de temps pour 2 tours lancés, un retour au box, et un dernier tour avec le pneu qualif. Je fais 2 bons tours, je reviens avec la 13ème place, puis je repars. Le temps de changer la roue, j’ai déjà perdu 7 places, je sais donc que je ne dois pas merder mon dernier tour. Mais je reste cool, tout a bien été jusqu’ici, alors pas de raison de changer ! Je m’élance dans mon dernier tour, en ayant pris soin que personne ne soit ni devant ni derrière, afin de ne pas être gêné. Mon tour est bon, pas parfait mais bon. En fait, le pneu arrière colle tellement que le cerveau humain a de la peine à donner le feu vert, surtout quand on n’a pas l’expérience de ce type de pneu. J’accélère fort, je freine fort, tout va bien. Et là, dans la ligne droite avec mon amie l’Ascari : encore un Viêt ! Ils sont partout ! Je suis trop loin pour tenter de passer ce pilote lent au freinage, mais trop rapide pour qu’il ne me gêne pas. J’arrive dans la chicane à fond, et je me plante dans sa Ducati ! Pas la place pour passer, je mets les warnings, je prends un thé, et j’attends la sortie pour pouvoir dépasser. Voilà, je finis mon tour mais il est fichu, j’ai amélioré de 4 dixièmes, mais 4 autres dixièmes de secondes m’auraient fait avancé de 5 places sur la grille, donc une nouvelle fois je suis déçu. Je tente un deuxième tour chrono avec le même pneu, mais impossible, après un tour à Monza, il est mort, mais au moins je m’amuse, car le truc sympa avec un vieux pneu, c’est qu’il glisse beaucoup ! 16ème sur la grille, mais dans le bon paquet, c’est cool, même si je serais sûrement rentré dans les 10 premiers sans avoir été gêné… Mais il faut voir les bons côtés, car sans les petits contretemps du week-end, nous aurions fini toutes les séances dans les 10 premiers, ce qui signifie que la moto est bien équilibrée et qu’on peut faire une bonne course par n’importe quel temps, et ça c’est important. La seconde chose positive, c’est que cette fois, je suis le seul pilote du team à m’être qualifié, ce qui donne un peu plus de crédit à mon travail ! Finalement, j’ai décidé de rouler aussi pour les 2 jeunes, dont un est reparti à la maison en larme le samedi soir… Dimanche matin, la pluie est partie pour de bon, on améliore encore la moto pour le warm up du matin, et on profite des 15 minutes pour tester un pneu arrière. Je finis 11ème du warm up, la moto me plaît mais toujours pas à 100 %. Plus le choix, c’est l’heure de la course ! 14 heures : Une petite pluie fine arrive sur Monza, pendant 30 secondes. Comme une amie qui venait juste me souhaiter bonne chance avant de partir… coquine ! 15 heures, le départ se fait sur piste sèche. Cette fois je suis prêt des premiers, ma sœur tient le parapluie, un peu de familles et des amis proches dans les gradins, tout pour bien faire ! Geezer mon mécano anglais me souhaite bonne chance, c’est l’heure ! Les premiers mètres se passent très bien, et tellement surpris de prendre un bon départ avec la Honda ( chose quasi impossible ) je rate la seconde vitesse et me retrouve au point mort pendant quelque dixièmes de secondes. Me revoilà presque tout derrière, douce ironie.. A la première chicane, je freine avec pas mal de décalage horaire, et tout se passe bien, je m’enfile dans le troupeau, à la deuxième chicane, je fais le freinage à un gars qui battait Valentino Rossi il y a 10 ans, et j’évite une chute qui envoie 2 pilotes au tapis. Je passe 12ème au premier tour, mais je me retrouve seul, entre le groupe de tête et un gros groupe de 6-8 pilotes qui suivent. Pas le choix, il faut foncer sans se retourner pour faire un trou. Je décolle tout le monde, sauf un pilote Yamaha, qui me passera 6 fois dans la ligne droite avant que je le repasse 6 fois de suite au freinage, histoire de mettre les choses au clair. Au dernier tour, je passe 10ème, avec toujours un bruit de moteur derrière moi. Je sais qu’il ne peut pas me passer au freinage, mais je suis obligé de freiner fort pour lui casser le moral. Je commets une petite erreur au milieu du tour, mais j’évite la chute et je reste devant. Dernier virage, je freine tard, je suis devant, et je pense que l’affaire est dans le sac. J’accélère fort, un peu trop, je glisse beaucoup mais je vois le drapeau s’approcher. Je sens mon adversaire dans l’aspiration, puis je l’entends me remonter, on arrive au drapeau, et il passe. Son moteur a gagné son combat contre le mien. Il passe devant pour 15 millièmes de secondes, de quoi rester amer. A cette vitesse, 15 millièmes représentent 4,6 centimètres, j’ai perdu un point pour 3 poils et demi… je suis 11ème. L’amertume sera vite effacée par la joie du résultat, mais jamais totalement. Le week-end est fini, je suis content. Je ne suis pas moins bon que les autres, et ce week-end l’a démontré. J’espère juste pouvoir connaître plus de week-end comme ça, et être en mesure de faire un gros truc quand tout se passera très bien. Mais le team Azione Corse est derrière moi, mon mécano anglais travaille très bien, donc tout devrait aller bien par la suite. Me voilà sur le trajet du retour après un très bon week-end. C’est là qu’on m’apprend par téléphone que Daniel Wehrli est décédé cette après-midi. Daniel, c’était un pilote d’ici. C’était l’homme qui avait gagné souvent Verbois et qui détenait le record avant moi. C’était aussi un pilote au gros cœur, à la carrure d’ours gentil et toujours souriant. C’était aussi un des seuls membres de mon club qui n’a pas seulement dit qu’il pourrait faire quelque chose pour m’aider, lui, il m’a aidé, pendant 2 ans en me faisant mes carénages. Beaucoup de raisons qui font que je n’oublierai pas cette homme, discret sur les paddocks et rapide sur la piste, comme je les aime. Mes premiers points en Italie sont pour toi Daniel, et Verbois sera à toi autant qu’à moi. Salutations à tous, Hervé Gantner #50 Mis en ligne le 10/05/2007 : par Webteam |