Hervé Gantner - SuperStock 2006 Photo : Pascal BLEJEAN
La dernière comme la première
Pour comprendre d'où venait ma joie de dimanche, il faut remonter à très loin. Tout d'abord mon accident de l'an passé, sur le même circuit, Magny-Cours. Ensuite mon opération des bras et des heures de rééducation qui vont avec, la perte de sponsors importants, un hiver difficile sans gros sponsor, puis un début de saison dans le stress qui s'achève peu après avec un sentiment de trahison. Ensuite, une grande période de doute, de solitude et de questions....
Enfin, Assen, Lausitz, le Bol d'Or, Imola et seulement un week-end de pause dans tout ça... Ce qui nous amène au dimanche soir d'Imola, après une course très décevante, j'ai quitté le circuit comme un voleur afin de rentrer le plus vite possible. Une petite pause d'une heure due à une panne d'essence sur l'autoroute, me voilà dans mon lit lundi matin, 1 heure. A 5 heures 30, debout pour mon premier jour de travail chez Flybaboo... Le lendemain, pareil... Ma préparation pour Magny-Cours était donc idéale ! Mais peu importe, mercredi midi, je pars avec Johan^, dit Moumoune, pour Magny-Cours. La soirée est simple, une fondue, une bouteille de vin blanc, parties de carte et gros dodo! Jeudi matin, enfin une longue nuit ! Je me réveille à 10 heures, super heureux d'avoir dormi aussi tard au vu des derniers jours ! Ma grippe est sur le départ et le week-end de course sur l'arrivée. J'emprunte un vélo pour pédaler quelques minutes jeudi après-midi, mais je suis encore mou alors je préfère garder l'énergie pour le week-end, me voilà à Magny-Cours, demain il faudra aller vite d'entrée. Je me suis répété une chose pendant tout le week-end : si MC ( Magny-Cours) est ma dernière course, alors il faut qu'elle soit belle.
Vendredi matin : il fait un temps de MC en octobre, ce qui veut dire un léger brouillard, froid et une piste mouillé par la pluie de la nuit. A 9 heures sur la piste, on fait moins les malins ! Je roule prudemment car je ne veux pas tout casser tout de suite, je profite de mon expérience de la piste pour aller vite où je sais que je le peux, je finis 8ème, c'est cool.
Vendredi soir, la piste est sèche. Je pars sur un rythme convenable mais avec une touche de rythme d'endurance mais je suis déjà vite, le chrono est bon, la moto a déjà une bonne base, je finis 12ème mais dans le coup.
Samedi matin, je me lève de superbe humeur, ça fait 10 jours que je suis au bout du rouleau et les commissaires qui dorment dans le paddock à côté de nous ( alors qu'on se serre parce qu'on doit pas prendre trop de place... ) chantent et boivent une partie de la nuit, tout ça à 5 mètres de mon lit... heureux le gars qui se lève à 7 heures pour aller rouler ! Malgré ça, le sourire est là... La piste est de nouveau humide mais moins qu'hier, semble-t-il, alors nous choisissons l'option de partir avec un pneu pluie devant et un slick derrière, après environ un demi-tour, j'ai failli m'envoler 2 fois, je rentre au box. Giovanni me dit qu'on ne va pas aller rouler, parce que nos réglages pour la pluie sont déjà très bon et qu'en plus la piste est moins rapide que la veille. Ok, j'attends la fin de séance pour voir si la piste a séché, et encore une fois je rentre direct au box, inutile et dangereux.
Samedi soir : la piste est sèche pour les qualifs et ça m'arrange bien. Pourquoi ? Et bien pour une raison simple, tout le monde n'a eu qu'une séance sur le sec pour régler la moto, donc personne n'a un réglage parfait à part les teams officiels, ce qui me permettra de faire un bon temps avec l'expérience de la piste. Je pars tout de suite fort et réalise le 4ème temps. Je rentre au box faire un réglage et repars. Je reviens au box pour mettre le pneu neuf, personne n'est très rapide aujourd'hui et moi je me sens bien et facile sur la piste. Il reste environ 8 minutes pour faire claquer un vrai temps... et comme d'habitude à ce jeu-là, je suis à chi... Mes premiers tours avec le pneu neuf sont gâchés par les autres pilotes, dans le dernier tour, je prends 30 mètres de marge sur 2 pilotes devant moi et je me lance avec la rage. Le tour se passe très bien malgré une grosse entrée en travers dans un virage, mais je sais que je suis vite, je continue le tour et je me sens bien mais... les pilotes devant moi sont vraiment lents, avant une chicane, j'arrive à leur fesses, dès lors, 2 solutions : soit je tente un freinage de fou pour passer les 2 d'un coup, soit je reste derrière. Comme on gagne pas de prime quand on fait des beaux " strikes ", j'ai préféré rester derrière et ne rien casser, mais la séance est finie, j'ai loupé mes tours lancés, mais je finis tout de même 9ème. 9ème c'est la meilleure position de ma carrière en mondial, sauf qu'avant de me faire coincer dans le dernier tour, j'avais un temps intermédiaire qui me plaçait... 4ème et donc sur la première ligne de la grille ! Et puis, le patron du team a déjà fait assez de bruit dans la salle de presse en me voyant aux avant-postes, alors avec une première ligne, il se serait fait virer du circuit je pense !!!
Voilà, on est dimanche, j'ai toujours pas bien dormi car hier soir, en plus de quelques commissaires plein de Ricard, il y avait un concert de rock dont les basses faisaient vibrer mon lit !! Alors voilà, le sommeil ça sera pour une autre fois, aujourd'hui il y a course alors on sourit et on roule ! 9 heures, le warm-up, le brouillard du matin se mélange à la fumée du camping qui a fêté l'événement toute la nuit. A 270 km/h dans la ligne droite, on ne distingue pas vraiment tout, mais je connais le tracé par cœur... alors je roule, mais avec une réserve tout de même, MC reste MC, une piste qui glisse sous la pluie, le matin et le soir, qu'il fasse chaud ou froid ! 6ème temps du warm-up, tout va bien. Le seul problème, c'est que je suis pas sûr du dernier réglage que je devais tester. On décide de laisser la moto comme ça pour la course et ça devrait le faire...
10h40 : Je me suis promis de faire bien, de faire fort. C'est le départ, comme d'hab., une chute au premier virage embarque plusieurs gars, mais pas moi, je suis bien placé, enfin pas trop mal pour un départ de Honda ! Je roule dans un bon rythme, je vois que je suis 7ème et je continue à essayer de rouler fort, car Johan me l'a bien répété au déjeuner : " Hervé, cette fois c'est 12 tours, pas 24 heures !! ". Mais le réglage n'est pas très bon, le pneu arrière perd trop de grip et je ne sens pas vraiment l'arrière partir en glisse. Je glisse une fois, puis une grosse fois, puis une très grosse fois, mais je suis toujours debout... ROCK'N'ROLL BABY !!! Sur un freinage, je vois une ombre à l'intérieur, alors je retarde mon freinage, je suis trop tard, l'autre aussi, j'arrive au fameux virage de l'an passé, et mon adversaire tombe juste derrière moi, comme l'an passé, j'entends sa moto frotter parterre, je suis prêt à voler, mais aujourd'hui, ya un truc qui se passe, la moto me passe à quelques centimètres et je continue. Je me bagarre avec 2 pilotes et je serai obligé de m'incliner contre un des 2, plus rapide sur la fin. La fin de course est longue, j'ai une seconde d'avance sur mon poursuivant, je maintiens cette seconde, je freine tard partout pour éviter qu'il pense pouvoir me passer au freinage, et je finis 8ème. Enfin, après presque 2 ans j'égale mon meilleur résultat. Mais cette place a beaucoup plus de valeur, je suis revenu de loin, j'étais perdu et cette fois, j'ai retrouvé mon chemin, mon pilotage et aussi, Madame la chance... Je crie de rage et la première pensée qui me vient à l'esprit est celle-ci " Tu crois vraiment que tu dois t'arrêter maintenant ? ". Non évidemment, je ne dois pas... Maintenant j'en suis sûr, il faut continuer à se battre....
Tout le team est content, la famille, les mécanos aussi. Mes vrais amis viennent me voir après la course, car ce n'est pas une légende, c'est toujours dans des moments comme ceux que j'ai vécu qu'on repère ses vrais amis...
Bien sûr, ce n'est qu'une 8ème place, mais sa signification est énorme pour moi. Elle montre que j'ai le rythme, puisque je n'ai perdu qu'une seconde au tour sur le nouveau champion du monde, elle montre que contrairement à ce que certains disent, mon accident ne m'a pas handicapé au point de me traîner sur la piste, elle montre que les gens qui ne croyaient plus en moi avaient tort, car je n'ai pas fini de progresser, elle montre aussi que mon père a eu raison de se battre pour trouver un financement pour la fin de saison dans un bon team, bref, ça signifie bien plus qu'une victoire pour moi...
Pour finir la saison en beauté, Xavier a gagné la Coupe Européenne Suzuki 750, en plus d'être déjà champion d'Europe Superstock 600 à 16 ans tout juste... Bien ptit con !
Et enfin, Sébastien Charpentier a aussi remporté le titre de champion du monde Supersport, pour la deuxième fois. Quand on pense qu'il s'est cassé le bassin cet été, qu'il a raté une course et qu'il s'est encore cassé un doigt à Lausitz et qu'il finit par gagner le titre chez lui lors de la dernière course... Même en regardant la course de la salle de presse j'ai du lutter pour cacher la larmichette d'émotion ! Le plus cool, c'est qu'en le voyant après pour lui dire bravo, il me dit " Ben bravo à toi aussi t'as fait une super course ce matin, bosse dur cet hiver et tu seras devant en 2007. " Et quand je lui ai dit que j'avais plus l'âge de la Superstock il me dit tout simplement, " Ben viens en Supersport c'est cool. " Ouais ça serait cool... mais... il manque quelque chose pour y aller.. En tout cas, BRAVO à Xav et Séb, 2 pilotes qui méritent d'être connus.
Concernant la saison prochaine, mon team italien tient absolument à me garder pour participer au championnat d'Italie. Mais tout d'abord, je dois rembourser mes dettes avant de penser à autre chose. Alors voilà, j'ai toujours l'envie de me battre, j'ai toujours l'envie de rouler, mais je n'ai toujours pas de gros sponsor... Typique !
Bientôt d'autres nouvelles...
RV, un poil plus motivé...
Hervé Gantner #40
Mis en ligne le 11/10/2006 : par Ducat53
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