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ESPRIT-RACING.COM | 20.11.17 | 14:57 • Mis à jour le 20.11.17 | 14:57 ESPRIT-RACING.COM | 20.11.17 | 14:57 • Mis à jour le 20.11.17 | 14:57


19 Novembre 2005. Ce jour là je m'en souviens comme si c'était hier ! Non seulement j'ai basculé ma voiture dans le fossé mais, en arrivant sur les lieux, mon ami de l'époque m'a appris la triste nouvelle ! Bruno BONHUIL s'est tué à MACAO. C'est pour moi un deuxième choc. #Bonhuil #Macao


Bruno on le rencontrait sur les circuits, on discutait avec lui et je lui disais « mais comment t'arrives à faire tout ça ? » ; comme on faisait rarement partie des premiers à quitter le circuit, on le doublait aussi parfois sur la route. On le klaxonnait car bien sûr on reconnaissait son camion et il nous répondait.

La dernière fois que je l'ai vu c'était lors de l'étape du MOTO-TOUR à MONTLUCON le 6 Octobre 2004. Comme c'était la St-Bruno je lui avais offert un petit porte-clés avec une Kawa et il avait apprécié car c'était la moto de ses débuts.

Je suis très conservatrice et j'ai de très nombreuses revues moto qui ne datent pas d'hier et qui sont classées par années ! Inutile de vous dire que, si je me replonge dedans, le reste de ma vie ne suffira pas pour toutes les relire !

Cet été, je me suis lancée à la recherche d'articles concernant  un ex-pilote de GP (bien connu dans le paddock) et je suis tombée sur un MOTO-JOURNAL du 10 Novembre 1994 qui contenait une lettre ouverte à Michael DOOHAN, écrite par Bruno. Michael, nouveau champion du monde avait critiqué assez vertement les pilotes privés en disant qu'ils n'étaient pas motivés à 100%.

Certains, parmi vous, n'étaient peut-être pas nés à l'époque, ne lisaient pas MOTO JOURNAL ou ne se souviennent pas donc, en cette période anniversaire, j'ai eu envie de vous la retranscrire pour rendre hommage à Bruno BONHUIL qui était un sacré bonhomme !

« Il est vrai que les pilotes privés disent souvent « Ah ! si j'avais une moto d'usine ! ». Pour ma part, je n'ai pas la prétention de vous battre, mais je vous demande d'admettre que pour devenir un top pilote en vitesse, il faut à un moment donné dans sa carrière un petit coup de pouce du destin. Ce coup de pouce, malgré tous mes efforts, on ne me l'a pas donné lorsque j'étais jeune.

C'est avec mes propres moyens, c'est-à-dire trois francs et six sous, que je suis parti à 25 ans faire le championnat d'Europe 250 cm3 en 1985, avec une vieille TZ de 1982. Résultat, je termine troisième du championnat.  Cette troisième place qui serait aujourd'hui significative d'une grande carrière est passée inaperçue à l'époque, et aucune porte de team participant au championnat du monde 250 cm3 ne s'est ouverte à moi.

Déterminé à faire les GP, je décide alors de créer ma propre structure, le team MTD. Depuis ce temps, je suis pilote privé, et je passe mes hivers à monter des dossiers, prendre des rendez-vous, chercher des partenaires afin de trouver un budget pour payer mon mécanicien, les déplacements, et éventuellement acheter une moto plus récente.
Aujourd'hui, j'ai passé la journée à faire un dossier de presse pour pouvoir aller démarcher des sponsors qui, après notre dixième rencontre, se décideront peut-être à m'accorder un budget de 10 000 F (ndrl : on n'était pas encore à l'euro). Il faut en rencontrer énormément pour espérer réunir un petit budget.

Pour moi, il n'y a pas de temps mort, même après la saison. Je ne peux même pas jouer avec mon bateau (télécommandé). Bien entendu, pas le temps, non plus, de faire les essais, et lors du premier GP, lorsque vous avez fait trois mille kilomètres, voire bien plus d'essais derrière vous, je découvre seulement ma moto et mon team, c'est-à-dire mon mécanicien également.
Eh oui, nous sommes deux, et il a fallu en plus organiser le voyage, les réservations pour l'avion, l'hôtel et la voiture de location pour les trois premiers GP, excusez-moi si je m'essouffle avant la saison. Une fois sur le circuit, il faut rouler et se qualifier pour avoir le complément de budget pour le GP suivant.
J'espère que vous comprendrez que nous ne pouvons pas prendre des risques trop importants, car la moindre chute signifie, si je suis blessé ou la moto trop endommagée, une non participation au GP donc pas de prime. Sans prime, je suis dans l'impossibilité de payer mon mécano, d'acheter des nouvelles pièces, etc … Effectivement, lors de notre GP national, nous allons un peu plus vite que d'habitude, car nous lui accordons un budget plus important : c'est l'occasion de se faire remarquer par les médias nationaux.

Pour le GP de France au Mans, je me suis permis de remplacer mes vilebrequins et mes pistons par des neufs avant qu'ils soient à la limite de la rupture. Je me suis même permis de passer deux trains de pneus neufs lors des séances d'essais chronométrés, chose que je ne peux me permettre ailleurs par manque de budget. J'ai eu également un léger accrochage à HOCKENHEIM en 1989, rien de très grave, rassurez-vous, j'ai eu quatorze fractures et l'arrêt du coeur sur le bord de la piste, une broutille qui m'a fait subir plusieurs opérations et qui m'a fait faire plus de six mois de rééducation.
Le pauvre PALAZESSE n'a pas survécu à cet accident et BARCHITTA ne court plus depuis. Comme vous, il m'a fallu beaucoup de courage et de volonté pour revenir en Grands Prix après cet accident. Je n'ai peut-être pas votre niveau, enfin de pilotage pas de raisonnement, et je n'ai plus 25 ans non plus, mais j'aime la course par-dessus tout, au point d'avoir failli lui laisser ma vie.

Aujourd'hui, ma passion est intacte et j'essaie de l'assouvir avec mes faibles moyens de privé. Je vous rappelle que sans les privés, vous ne seriez pas très nombreux sur la ligne de départ et le championnat du monde 500 cm3 ne ressemblerait pas à grand-chose.

Durant ma carrière de pilote, j'ai  quand même eu la chance de rouler en endurance avec le team Suzuki sur des motos d'usines, j'ai d'ailleurs gagné le Bol d'Or en 93 et fini vice-champion du monde en 94 avec eux. Il est vrai qu'il m'arrive de pester lorsque je suis dans un tour chrono et que je bute sur un privé encore moins rapide que moi en GP. Toutefois, ce privé que je respecte, je ne le descends pas continuellement dans la presse car je sais ce que pilote privé signifie. En ce qui concerne les performances actuelles des pilotes de pointe, je vous rappelle que vous avez bien du mal depuis deux ans à battre les records mondiaux, votre non-progression en regard des investissements des usines devient de l'abus que les privés payent le prix fort lorsqu'ils achètent leurs pièces. Je sais que vous ne connaissez pas le prix de cela, mais je peux vous dire que lorsque je fais ma comptabilité en rentrant du GP, je me serre la ceinture dans la vie de tous les jours pour pouvoir continuer ma passion. Enfin, les 9 secondes qui nous séparent sur un tour sont aux vues des feuilles de temps un peu exagérées.
Aujourd'hui, je suis prêt à ce que nous échangions nos motos lors d'une course. Mais attention, il faudra faire cette course dans les mêmes conditions que moi, c'est-à-dire avec seulement un mécanicien et un arpète, un seul pneu arrière pour la séance chrono d'une heure, et évidemment vous serez venu le mercredi soir après avoir passé 1500 kilomètres au volant du camion.

Certes, la comparaison ne sera pas facile, car malgré tous vos efforts, vous ne serez jamais totalement dans nos conditions. Mais cet essai vous enlèvera votre jugement basique sur les pilotes privés. Dommage, je vous appréciais en tant que pilote. Un jour, peut-être, vous vivrez ce que nous vivons toute l'année pour assouvir notre passion. Regardez SPENCER, hier il faisait peur, aujourd'hui il fait rire, mais il vit sa passion pleinement. A bientôt pour notre course, à l'année prochaine peut-être si j'arrive à réunir le budget nécessaire.

Bruno BONHUIL, pilote, manager, responsable de communication, responsable technique, chauffeur du camion et accessoirement nettoyeur de carénage et préposé aux pneus !
»


En écrivant cette lettre j'imagine que Bruno avait perdu son sourire habituel et on le comprend ! Son sourire, je l'ai retrouvé en voyant Ludivine sur un circuit et ça m'a émue ! Tel père telle fille !

Bruno, on ne t'a pas oublié et le décès de Daniel HEGARTY ce samedi 18 novembre à MACAO nous fait cruellement repenser à ce triste moment ...


Renée Durin



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Douze Ans Déjà ! Une pensée pour Bruno Bonhuil. (D.R.)
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