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ESPRIT-RACING.COM | 19.09.12 | 20:59 ESPRIT-RACING.COM | 19.09.12 | 20:59


On a beaucoup parlé de Frédéric Makowiecki, Stef Dusseldorp, Alvaro Parente et Grégoire Demoustier, qui ont offert un mémorable doublé aux McLaren Hexis Racing, à l’occasion de la première épreuve d’un championnat du Monde labellisé FIA organisée en Russie.


Mais les pilotes ne furent pas les seuls héros de cette campagne victorieuse. "L’épopée russe" des équipages Elise Bauquel / Gil Botelho et Pierre Comby / Romain Prot mérite elle aussi d’être contée. Ils se sont en effet relayés au volant des semi-remorques qui ont acheminé les deux voitures et le matériel de Lédenon, dans le Gard, jusqu’au Moscow Raceway. Un « road trip » de 8400 kilomètres aller-retour qui ne fut pas de tout repos…

Une écurie de course internationale a l’habitude de sillonner l’Europe. Hexis Racing a également déjà fait voyager son matériel par container vers des pays aussi lointains que la Chine, l’Argentine ou Abou Dhabi. Se rendre en Russie est en revanche un exercice d’un genre nouveau, incomparable en termes de distance, de contraintes administratives ou d’état du réseau routier.

Pierre Comby (technicien McLaren MP4-12C GT3) : « Nous étions tranquillement en vacances quand on a appris que le calendrier du championnat du Monde FIA GT1 avait été modifié. Or, le transit d’un team vers Moscou implique des procédures longues et compliquées qu’il n’est pas évident d’entamer à seulement deux semaines du départ ! Je suis d’abord allé à la Chambre de Commerce et aux Douanes Françaises pour déclarer la marchandise. On a établi une liste du matériel, les numéros de châssis et de moteur des voitures, la référence des pièces jusqu’à la moindre rondelle qui allait voyager dans les camions… Mais tout devait être traduit en russe, il a donc fallu trouver un traducteur. On s’est adressé au Tribunal pour avoir des contacts. En plein mois d’août ils ne sont pas légion ! Retour à la CCI pour compléter le dossier, avant de charger et de présenter les camions aux Douanes pour faire viser la marchandise. 4200 km ce n’est pas rien, alors j’ai appelé des copains qui s’étaient rendus sur le Moscow Raceway tout juste inauguré pour la World Series by Renault en juillet. Ils m’ont averti des risques de crevaison, j’ai regardé des vidéos sur Internet qui m’ont renseigné sur l’état des routes… et j’ai embarqué deux roues de secours complémentaires dans chaque camion ! »

Elise Bauquel (technicienne McLaren MP4-12C GT3) : « Le périple a commencé dimanche 26 août à 6 heures. Un vrai truc de fou. En Pologne il y a une autoroute neuve jusqu’à Varsovie. Après ça se dégrade progressivement, on sent que c’est de plus en plus pauvre et les routes deviennent difficiles et dangereuses. En Lituanie et en Lettonie, on voit presque exclusivement des camions, des garages pour poids lourds, des restaurants routiers ! Pourtant il n’y a pas d’autoroutes. En Lettonie il faut faire très attention à ses rétros quand on croise un autre camion… et on en croise sans arrêt. Nous sommes arrivés mardi midi comme prévu au point de rendez-vous fixé avec les autres teams à quelques kilomètres de la frontière entre la Lettonie et la Russie. Là j’ai pensé aux courageux collègues Portugais qui roulaient déjà depuis six jours. »

Philippe Dumas (team-manager) : « j’aimerais aussi tirer un grand coup de chapeau aux membres des autres équipes qui ont fait le même déplacement voire encore plus long pour certains. J’en connais aussi qui sont tout de suite repartis vers un autre circuit à peine rentrés de Russie ! »

Pierre :
« Tout le monde pense qu’il y a de la corruption côté russe mais à la frontière lettone, tu n’as pas le temps de couper le moteur du camion qu’un douanier est déjà assis sur ton tableau de bord en train de te demander tes papiers. Tu crois être en règle, mais forcément il trouve un truc. On n’y a pas échappé, je lui ai demandé s’il fallait aller au bureau, il a montré sa poche. J’ai sorti un premier billet, ça n’allait pas, un deuxième, toujours pas, au troisième c’était « OK perfect. » Je lui ai demandé si c’était « OK » pour les deux camions noirs… mais Elise et Gil ont subi le même sort. Il a dépouillé comme ça les camions de tous les teams. C’est pourtant encore l’Europe, la Lettonie ! Ensuite, on passe dans le no man’s land, arrêt immigration chez les Russes pour le contrôle des passeports. Faute de temps, on n’avait qu’un visa tourisme mais c’est passé. Ils ont fouillé la cabine et les coffres pour vérifier qu’on ne cachait pas des clandestins, pesé et mesuré le camion, contrôlé les marchandises et carnets ATA. On a attendu onze heures sur un parking sécurisé et payant en essayant de dormir. Ils sont revenus pour prendre des photos. Enfin, on a récupéré les papiers et les passeports, mais ils ne nous ont pas demandé d’argent, à part la taxe de circulation. On a pu repartir mercredi matin escortés par des militaires free lance qui travaillent pour l’armée. En Russie, on a vu des camions avec les roues en l’air, deux accidents vraisemblablement mortels car la cabine était bâchée, des voitures qui roulaient sans pare-brise, des charrettes tirées par des bœufs, des gens qui vendaient des peaux de bêtes, des têtes d’ours ou des fouines empaillées… »

Elise :
« C’était hallucinant. Tu es au milieu d’une immense forêt et tout à coup, tu sens de grosses secousses, il n’y a plus de goudron sous les roues du camion. C’était du motocross avec une semi. C’est sportif la Russie au volant ! On roule sur des chemins de terre qui sont des routes principales car il n’y en a pas d’autres. Parfois il y avait du goudron mais c’était pire ! On a fait attention et on n’a pas crevé. D’autres camions roulaient deux fois plus vite que nous, ils ont tendance à te serrer en doublant pour que tu ralentisses. »

Pierre : « On a parcouru les derniers 600 kilomètres pendant la journée de mercredi, puis on a retrouvé un morceau de vraie route, et on a vu le panneau « circuit à 3km » ! ouf ! »

Elise :
« Le jeudi soir vers 22 heures, une fois que tout a été installé dans le paddock et dans les stands, c’était le moment où jamais pour aller voir Moscou. Le circuit est à une centaine de kilomètres, il faut une heure et demi si ça roule bien mais les autres membres de l’équipe avaient mis quatre heures pour venir de l’aéroport jusqu’au circuit ! On a vu la Place Rouge et le Kremlin, c’est vraiment immense ! »

Philippe : « Avoir fait l’effort de visiter le centre de Moscou témoigne peut être d’une petite part d’humanité en plus au sein de notre équipe. Je ne suis pas obligé de le faire, mais ça fait partie de ma philosophie et pour l’instant ça fonctionne. »

Pierre :
« On a vécu un super week-end avec la première ligne 100% Hexis Racing, le doublé de nos deux McLaren… et Elise sur le podium avec nos quatre pilotes ! Nous étions contents d’avoir fait tous ces efforts pour un tel résultat. Au retour, surprise, la route était meilleure, ils avaient goudronné plusieurs kilomètres de cet axe européen Berlin-Moscou qui est stratégique. A la frontière Russe, on pensait devoir payer pour sortir plus vite mais des casquettes et vêtements de team ont suffi pour qu’on ne soit bloqués que huit heures ! Ensuite, nouvelle série de contrôles en Lettonie, avec en plus la semi dans un tunnel à rayon X. Ils sont plus stricts au retour en Europe, ils vérifient la quantité de gasoil qui est moins cher en Russie, ils cherchent des cigarettes, de l’alcool. »

Le team champion du Monde en titre reprend ce mercredi la route pour un trajet a priori moins compliqué… Il faudra tout de même enchaîner coup sur coup deux épreuves en Allemagne puis en Angleterre, sans retour possible à l’atelier dans l’intervalle. Rendez-vous au Nürburgring les 22 et 23 septembre et à Donington Park la semaine suivante…

Romane Didier / future racing commm



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L’autre campagne de Russie d’Hexis Racing (Antonin Grenier)
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